
Petit air de homard miniature tapi sous une pierre, carapace luisante et pinces dressées : l’écrevisse est le seul crustacé que l’on pêche couramment dans nos eaux douces. Ce n’est pas un poisson mais un arthropode décapode, protégé par un exosquelette calcaire qu’il doit régulièrement abandonner pour grandir. Un animal discret et nocturne, dont l’histoire récente en France est aussi celle d’un bouleversement écologique majeur.
Dans cette fiche, nous passons en revue tout ce qu’il faut savoir sur ce crustacé : morphologie, habitat, régime alimentaire, reproduction, et surtout la réglementation qui l’encadre. Car derrière le mot « écrevisse » se cachent deux réalités opposées : des espèces natives patrimoniales, protégées et menacées de disparition, et des espèces exotiques envahissantes que la loi impose de ne jamais relâcher vivantes. Comprendre cette distinction est la clé pour pêcher en toute légalité.
Nuestro artículo en breve
- L'écrevisse est un crustacé décapode d’eau douce, reconnaissable à sa carapace, à son céphalothorax et à ses puissantes pinces, qui grandit par mues successives.
- On distingue les espèces natives patrimoniales (écrevisse à pattes blanches Austropotamobius pallipes, écrevisse à pattes rouges Astacus astacus) et les espèces exotiques envahissantes (américaine, signal, de Louisiane).
- L’écrevisse à pattes blanches est strictement protégée : sa pêche, son transport et sa détention sont interdits en France.
- Les écrevisses invasives se pêchent à la balance, mais leur remise à l’eau vivante et leur transport vivant sont formellement interdits par la loi.
- Bio-indicatrice de la qualité des eaux, l’écrevisse native est en fort déclin face à la peste de l’écrevisse et à la concurrence des espèces introduites.
Morphologie et identification de l’écrevisse
L’écrevisse appartient à l’ordre des décapodes, comme le homard ou la langoustine. Son corps entièrement recouvert d’une carapace dure se divise en deux grandes parties : le céphalothorax, qui soude la tête et le thorax et se prolonge vers l’avant par une pointe appelée rostre, et l’abdomen articulé, formé de six segments et terminé par une nageoire caudale en éventail (le telson) qui lui permet de bondir en arrière lorsqu’il est menacé.
Des pinces et une carapace caractéristiques
La tête porte deux yeux mobiles sur pédoncules et deux paires d’antennes, longues et courtes, qui font office d’organes sensoriels dans l’obscurité. Le thorax est garni de cinq paires de pattes, dont la première, la plus spectaculaire, est transformée en une paire de grandes pinces (les chélipèdes). Puissantes, elles servent à saisir la nourriture, à se défendre et à se battre entre mâles. La forme, la couleur et les taches de ces pinces sont d’ailleurs des critères essentiels pour identifier l’espèce : l’écrevisse signal, par exemple, porte une tache claire bien nette à la jointure de la pince.
La mue, moteur de la croissance
Comme tous les crustacés, l’écrevisse ne grandit qu’en abandonnant sa carapace : c’est la mue. Elle se fend le long du dos, s’extrait de son ancien exosquelette et gonfle rapidement avant que sa nouvelle enveloppe, molle, ne durcisse en quelques jours. Durant cette phase de vulnérabilité, elle se cache soigneusement. Voici les repères biométriques de l’espèce :
| Características | Repère |
|---|---|
| Structure du corps | céphalothorax + abdomen (6 segments) |
| Tamaño medio | 8 à 12 cm |
| Tamaño máximo | jusqu’à 15 à 18 cm (signal, Louisiane) |
| Appendices | 5 paires de pattes, dont 1 paire de grandes pinces |
| Croissance | par mues successives |
| Longevidad | 3 à 10 ans selon l’espèce |
| Madurez sexual | 2 à 3 ans (vers 75 mm) |

Où vit l’écrevisse ?
L’habitat idéal de l’écrevisse dépend fortement de l’espèce. Les écrevisses natives, à commencer par l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes), sont extrêmement exigeantes : elles ne prospèrent que dans des eaux fraîches, très bien oxygénées et d’excellente qualité, à l’abri sous les pierres, les racines et les berges creuses des ruisseaux et petites rivières de tête de bassin. Leur simple présence est le signe d’un milieu préservé, ce qui en fait une remarquable espèce bio-indicatrice.
À l’inverse, les écrevisses exotiques comme celle de Louisiane (Procambarus clarkii) tolèrent des eaux chaudes, turbides et pauvres en oxygène ; elle creuse même des terriers dans les berges, ce qui accélère sa colonisation des étangs, canaux et marais de plaine. On les rencontre aujourd’hui dans la quasi-totalité des bassins français. Des plans d’eau réputés comme le lac de Vassivière o el lac de Passy illustrent cette cohabitation contrainte entre milieux de qualité et pression des espèces introduites.

Que mange l’écrevisse ?
L’écrevisse est un animal omnivore et opportuniste, ce qui explique en partie le succès des espèces envahissantes. Son régime évolue au fil des saisons et de son âge, mais repose sur une base très variée :
- Végétaux : plantes aquatiques, algues et débris végétaux, qui constituent l’essentiel du menu adulte.
- Invertébrés : larves d’insectes, vers, mollusques et petits crustacés.
- Matière animale : cadavres de poissons, œufs et alevins, parfois d’autres écrevisses (cannibalisme lors des mues).
C’est un animal essentiellement nocturne : elle passe la journée cachée et sort à la tombée du jour pour se nourrir, guidée par ses antennes et son odorat très développé. Cette attirance pour les odeurs fortes est précisément ce que le pêcheur exploite en garnissant sa balance d’un appât carné. Son rôle de recycleur dans l’écosystème devient destructeur lorsque les populations invasives explosent.
Cycle de vie et reproduction de l’écrevisse
Chez la plupart des espèces natives, l’accouplement a lieu à l’automne, lorsque la température de l’eau se refroidit. La femelle porte ensuite ses œufs collés sous son abdomen, entre ses fausses pattes : on dit qu’elle est « grainée ». Elle les incube tout l’hiver, les ventilant et les nettoyant en permanence, jusqu’à l’éclosion au printemps. Les jeunes restent d’abord accrochés à la mère avant de gagner leur autonomie.
| Paramètre | Donnée |
|---|---|
| Période d’accouplement | automne (refroidissement de l’eau) |
| Incubation | œufs portés sous l’abdomen de la femelle |
| Durée d’incubation | 5 à 6 mois (hiver) |
| Éclosion | primavera |
| Nombre d’œufs | 50 à 300 (natives), davantage chez la Louisiane |
| Madurez sexual | De 2 a 3 años |
L’écrevisse de Louisiane fait exception : capable de se reproduire plusieurs fois par an et de pondre des centaines d’œufs, sa fécondité explique son caractère hautement envahissant. C’est l’une des raisons pour lesquelles les espèces natives, plus lentes, perdent la course face aux nouvelles venues.
Réglementation : espèces protégées et espèces invasives
C’est le cœur du sujet, et le point sur lequel aucune approximation n’est permise. La réglementation distingue radicalement deux catégories. Les espèces natives sont patrimoniales et protégées : l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) et l’écrevisse à pattes rouges ou noble (Astacus astacus) bénéficient d’un arrêté de protection national (21 juillet 1983). Leur pêche, leur transport et leur détention sont purement et simplement interdits. Si vous en capturez une par erreur, relâchez-la immédiatement sur place, avec précaution.
En espèces exotiques envahissantes obéissent à la logique inverse. L’écrevisse américaine (Faxonius limosus, anciennement Orconectes limosus), l’écrevisse signal ou de Californie (Pacifastacus leniusculus) et l’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) figurent sur la liste des espèces exotiques envahissantes. En application de la loi Biodiversité de 2016, il est strictement interdit de les remettre vivantes à l’eau et de les transporter vivantes : une écrevisse invasive capturée doit être tuée sur place.
| Especie | Statut | Pêche |
|---|---|---|
| Pattes blanches (A. pallipes) | native protégée | interdite |
| Pattes rouges / noble (A. astacus) | native protégée | interdite |
| Américaine (F. limosus) | exotique envahissante | autorisée, remise à l’eau vivante interdite |
| Signal (P. leniusculus) | exotique envahissante | autorisée, remise à l’eau vivante interdite |
| Louisiane (P. clarkii) | exotique envahissante | autorisée, remise à l’eau vivante interdite |
Temps de pêche et engins autorisés en 2026
La pêche des écrevisses invasives se pratique à l’aide de balances, dans la limite de 6 balances par pêcheur, chacune d’un diamètre maximal de 30 cm et d’une maille supérieure à 10 mm. En première catégorie, la pêche n’est ouverte que sur une courte période, généralement du deuxième samedi de mars au troisième dimanche de septembre ; en deuxième catégorie, elle est le plus souvent autorisée toute l’année. Un permis de pêche valide reste obligatoire. Attention : ces règles sont des références nationales, modulables par arrêté préfectoral. Nous vous invitons à toujours vérifier l’arrêté de votre département et le règlement de votre AAPPMA avant de pêcher.
Comment pêcher l’écrevisse à la balance ?
La pêche à la balance est une pratique conviviale, accessible à tous et redoutablement efficace sur les populations invasives. La balance est un filet en forme de coupelle, tendu sur deux cercles métalliques, lesté au fond et relié à une corde de 2 à 5 mètres selon la profondeur. On y fixe solidement au centre un appât odorant, puis on la dépose à plat sur le fond, près des bordures, des enrochements ou des herbiers. Il ne reste plus qu’à patienter quelques minutes avant de la relever d’un geste franc et régulier.
| Elemento | Recomendación |
|---|---|
| Balances | jusqu’à 6 par pêcheur, diamètre ≤ 30 cm |
| Maille | supérieure à 10 mm |
| Corde | 2 à 5 m selon la profondeur |
| Cebo | foie, sardine, poisson mort, croquettes pour chien |
| Meilleur moment | crépuscule et nuit |
| Pose | à plat sur le fond, le long des bordures |
La règle d’or consiste à espacer ses balances pour couvrir plusieurs postes, puis à effectuer une tournée régulière pour les relever une à une. Les écrevisses étant surtout actives à la tombée du jour, les sessions de fin d’après-midi et de nuit sont les plus productives. Rappelons-le : une fois capturées, les invasives ne doivent jamais être relâchées ni transportées vivantes.

Pour voir cette technique en action, voici une vidéo dédiée à la pêche de l’écrevisse de Louisiane à la balance :
Notre sélection de balances et d’appâts
Contrairement aux carnassiers, l’écrevisse ne se pêche pas aux leurres : c’est l’odeur, et non le mouvement, qui déclenche l’entrée dans la balance. Le choix du matériel et des appâts fait donc toute la différence. Voici nos repères pour bien s’équiper :
- Balances rondes ou carrées : les modèles pliables de 30 cm de diamètre, en filet fin, se rangent facilement et respectent la réglementation.
- Appâts carnés : foie de volaille, sardine, maquereau ou poisson mort ; les odeurs fortes attirent le plus vite.
- Appâts secs et pratiques : les croquettes pour chien ou chat, économiques et résistantes, tiennent bien dans le filet.
- Filet à appât : un petit sachet maillé prolonge la tenue de l’appât et évite qu’il ne soit emporté.
- Accesorios : une corde solide, un seau opaque et une épuisette facilitent les relevés et le tri des captures.
Tailles remarquables et anecdotes autour de l’écrevisse
Il n’existe pas de « record » officiel homologué pour l’écrevisse, mais quelques repères de taille valent le détour. L’écrevisse signal (Pacifastacus leniusculus) est la plus imposante de nos eaux : les plus gros mâles atteignent 16 à 18 cm, pinces comprises. À l’opposé, l’écrevisse à pattes blanches dépasse rarement 10 à 12 cm. Autre curiosité : lorsqu’une écrevisse perd une pince dans un combat, elle la régénère au fil des mues suivantes, retrouvant progressivement un appendice fonctionnel.
Rôle écologique et préservation de l’écrevisse
L’écrevisse native occupe une place centrale dans l’écosystème : recycleur de matière organique, proie pour de nombreux poissons et oiseaux, elle est aussi un excellent indicateur de la qualité de l’eau. Malheureusement, les populations d’écrevisse à pattes blanches se sont effondrées au dernier siècle, victimes d’un triple fléau : la destruction de leurs habitats, la concurrence des espèces introduites, et surtout la peste de l’écrevisse (aphanomycose), un champignon mortel transporté sans dommage par les écrevisses américaines mais dévastateur pour les espèces natives.
C’est tout le paradoxe de ce crustacé : préserver l’écrevisse, c’est à la fois protéger absolument les dernières populations natives et lutter activement contre les invasives. En tant que pêcheurs responsables, nous avons un rôle concret à jouer : ne jamais déplacer ni relâcher une écrevisse vivante, désinfecter bottes et matériel entre deux cours d’eau pour ne pas propager l’aphanomycose, et signaler aux fédérations toute observation d’écrevisse à pattes blanches. C’est à ce prix que ces populations fragiles pourront se maintenir dans nos ruisseaux.
FAQ à propos de l’écrevisse
Quelles sont les principales espèces d’écrevisses en France ?
On distingue les espèces natives, comme l’écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) et l’écrevisse à pattes rouges ou noble (Astacus astacus), et les espèces exotiques envahissantes, à savoir l’écrevisse américaine (Faxonius limosus), l’écrevisse signal (Pacifastacus leniusculus) et l’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii).
Peut-on pêcher l’écrevisse à pattes blanches ?
Non. L’écrevisse à pattes blanches est une espèce native protégée par arrêté national. Sa pêche, son transport et sa détention sont interdits. Si vous en capturez une accidentellement, vous devez la relâcher immédiatement et avec précaution sur place.
Comment pêcher l’écrevisse à la balance ?
On utilise une balance, un filet tendu sur des cercles métalliques, garni au centre d’un appât odorant (foie, sardine, poisson mort ou croquettes). On la dépose à plat sur le fond près des bordures, puis on la relève régulièrement. La pêche est plus productive au crépuscule et la nuit. Un pêcheur peut employer jusqu’à 6 balances de 30 cm de diamètre maximum.
Pourquoi est-il interdit de remettre à l’eau les écrevisses invasives ?
Les écrevisses américaine, signal et de Louisiane sont des espèces exotiques envahissantes qui détruisent les milieux et transmettent la peste de l’écrevisse aux espèces natives. Depuis la loi Biodiversité de 2016, il est interdit de les remettre vivantes à l’eau et de les transporter vivantes : elles doivent être tuées sur place.
Que mange l’écrevisse ?
L’écrevisse est omnivore et opportuniste. Elle consomme surtout des végétaux et débris aquatiques, mais aussi des invertébrés (larves, vers, mollusques), des cadavres de poissons et parfois d’autres écrevisses lors des mues. Elle se nourrit principalement la nuit, guidée par son odorat.
Comment l’écrevisse grandit-elle ?
Sa carapace rigide ne pouvant s’étirer, l’écrevisse grandit par mues successives : elle abandonne son ancien exosquelette, gonfle rapidement, puis sa nouvelle enveloppe durcit en quelques jours. Les jeunes muent plusieurs fois par an, les adultes une à deux fois. C’est aussi lors des mues qu’elle peut régénérer une pince perdue.




