Perché à plus de 1730 mètres d’altitude au cœur de la chaîne du Bargy, en Haute-Savoie, le lac de Lessy fait partie de ces joyaux alpins que nous, pêcheurs aux leurres, rêvons de découvrir canne en main. Niché entre le Grand-Bornand et le Petit-Bornand-les-Glières, ce petit plan d’eau de montagne offre un cadre exceptionnel, où la pêche se mérite après une belle marche d’approche. Ici, pas de ponton ni de mise à l’eau bétonnée : juste un cirque minéral, une eau cristalline et des salmonidés méfiants.
Dans cet article, nous vous partageons tout ce qu’il faut savoir pour préparer une session de pêche aux leurres sur ce lac d’altitude : son histoire, les espèces présentes, les techniques qui fonctionnent en eau claire, les accès, la randonnée vers le lac de Lessy, ainsi que nos conseils pour repérer les meilleurs postes. Préparez votre canne ultra-light, vos petits poissons nageurs et vos chaussures de marche : on vous emmène là-haut.
Le lac de Lessy est un lac naturel d’origine glaciaire, formé dans une cuvette karstique au pied du Pic de Jallouvre (2408 m) et de l’Aiguille Verte. Contrairement aux grands lacs de barrage savoyards, ce plan d’eau n’a jamais eu de vocation hydroélectrique : il a longtemps servi de point d’eau pour les alpages environnants, où l’activité pastorale perdure encore aujourd’hui avec le chalet de Lessy et sa production de reblochon fermier. Le lac s’étend sur environ 2 hectares, à une altitude de 1730 mètres, pour une profondeur modeste de quelques mètres seulement. Son niveau varie sensiblement selon les saisons : alimenté par la fonte des neiges au printemps, il peut perdre une partie de son volume en fin d’été, le sous-sol calcaire jouant le rôle de drain naturel. Pour nous pêcheurs, cette particularité est essentielle : un lac peu profond et changeant impose une lecture fine de l’eau et une approche discrète, car les poissons y voient tout ce qui se passe en surface.
Soyons clairs d’entrée : ne cherchez ni brochet, ni sandre, ni black-bass dans ce lac d’altitude. Comme la plupart des lacs de montagne haut-savoyards, le peuplement repose sur les salmonidés, issus d’alevinages réguliers menés par la fédération de pêche de Haute-Savoie. On y trouve principalement de la trout fario et arc-en-ciel, parfois accompagnées d’ombles ou de cristivomers selon les campagnes de déversement. Les poissons de fond sont quasi absents : l’eau froide et pauvre en nutriments limite la biomasse, ce qui rend chaque truite combative et particulièrement difficile. Si vous cherchez du carnassier classique, les grands lacs de la vallée (Annecy, Léman) restent la destination idéale pour apprendre comment pêcher le brochet ; ici, c’est le royaume de la traque fine en eau claire.
Côté techniques, l’ultra-light s’impose. Nous privilégions les petites cuillères ondulantes de 2 à 5 grammes, les micro-poissons nageurs coulants de 4 à 5 cm animés en twitchs, et les leurres souples finesse de 5 cm montés sur tête plombée légère. Le jerkbait minnow en coloris naturel fait des merveilles tôt le matin, quand les truites chassent en bordure. En eau aussi limpide, un bas de ligne en fluorocarbon fin (16 à 20 centièmes) est indispensable pour ne pas faire fuir les poissons. Les meilleures périodes ? De l’ouverture en juin (le lac reste gelé une bonne partie du printemps) jusqu’à la fermeture en septembre, avec un pic d’activité juste après la fonte. Les postes clés sont les arrivées d’eau de fonte, les cassures d’ombre portée par les falaises et la zone la plus profonde au centre du lac en plein été.
L’environnement du lac de Lessy est aussi un formidable indicateur. Les zones où les linaigrettes et joncs colonisent les berges signalent des hauts-fonds vaseux riches en larves : des garde-manger que les truites visitent en maraude. Observez également les éclosions d’insectes en soirée et les chasses en surface qui les accompagnent : c’est le moment de proposer un petit leurre de surface ou un poisson nageur évoluant sous la pellicule. Côté faune, vous croiserez peut-être des bouquetins sur les crêtes du Bargy, des marmottes dans les pierriers et des chocards à bec jaune tournoyant au-dessus du cirque : un spectacle qui fait partie intégrante de l’expérience.
Aucune route ne mène au bord de l’eau : l’accès se fait exclusivement à pied, et c’est ce qui préserve la quiétude des lieux. Deux points de départ principaux s’offrent à vous. Depuis le Chinaillon (Le Grand-Bornand), garez-vous au parking du col de la Colombière ou au hameau du Chinaillon, puis comptez environ 1h30 à 2h de montée par le col de la Forclaz. Depuis le Petit-Bornand, le départ se fait du parking de Paradis, pour une montée plus raide d’environ 2h. En saison estivale, des navettes desservent le Grand-Bornand depuis Annecy et La Clusaz, pratique si vous venez sans voiture. Oubliez la barque : le portage est impossible sur ce dénivelé, et même le float tube reste déconseillé compte tenu du poids à porter et de la fragilité du site. La pêche se pratique du bord, en wading léger sur les zones autorisées, avec un sac le plus compact possible : une canne télescopique ou multibrins ultra-light et une petite boîte de leurres suffisent.
À 1730 mètres d’altitude, le climat est typiquement montagnard : le lac reste pris par les glaces et la neige de novembre à mai, et l’eau dépasse rarement les 14 à 16 °C au cœur de l’été. Au début de saison, l’eau de fonte glaciale (6 à 10 °C) ralentit l’activité des truites : il faut alors pêcher lentement, près du fond, avec des leurres souples finesse. En juillet-août, les premières heures du jour et la tombée de la nuit concentrent l’essentiel des touches. Côté conditions, une légère brise qui ride la surface est notre meilleure alliée : elle masque notre présence et déclenche l’activité en eau claire. Une pression atmosphérique stable ou en légère baisse avant un orage donne souvent les sessions les plus productives, mais attention : en montagne, les orages d’été arrivent vite et le cirque de Lessy n’offre aucun abri. Consultez toujours les prévisions avant de monter.
La pêche aux leurres reste évidemment notre activité numéro un sur place : traquer une truite fario en eau cristalline, à vue, dans un cirque à 1730 mètres, est une expérience que peu de spots peuvent offrir. Mais le site se prête aussi à d’autres plaisirs : la baignade (très tonique !) est tolérée en été, le bivouac est possible à proximité du chalet d’alpage dans le respect des lieux, et les sentiers du massif du Bargy raviront les amateurs de randonnée. Oubliez en revanche le paddle ou le kayak : le portage est irréaliste et le lac trop petit. Les vététistes pourront s’approcher par certains sentiers du Grand-Bornand, mais la dernière portion se fait à pied.
Pour le repérage des postes, faites le tour complet du lac avant même de monter votre canne : avec des lunettes polarisantes, vous distinguerez les truites en maraude le long des bordures et les zones où le fond plonge légèrement. Les meilleurs spots se situent généralement près des arrivées d’eau de fonte, sur les bordures rocheuses côté falaise où l’ombre persiste, et au-dessus de la fosse centrale en plein été. Approchez-vous accroupi, lancez loin et en éventail : en eau claire, le premier passage du leurre est presque toujours le bon.
La randonnée lac de Lessy est l’une des plus belles du massif du Bargy, et nous la voyons aussi comme une séance de repérage grandeur nature. Première option : la boucle depuis le col de la Colombière par le col de la Forclaz (environ 8 km aller-retour, 600 m de dénivelé, 3h30, difficulté moyenne). En arrivant par le haut, vous bénéficiez d’une vue plongeante sur le lac : profitez-en pour photographier les zones sombres qui trahissent les fonds plus profonds. Deuxième option : la montée depuis Paradis au Petit-Bornand (7 km aller-retour, 750 m de dénivelé, 4h, sportive), qui longe des torrents où les farios sauvages se cachent, parfait pour quelques lancers en chemin. Enfin, les plus endurants enchaîneront la grande boucle par le col de Sosay et le pic de Jallouvre (12 km, 1000 m de dénivelé, journée complète, difficile), avec un panorama complet sur le plan d’eau qui révèle chaque cassure et chaque haut-fond. Notre conseil : montez tôt, repérez depuis les hauteurs, pêchez le matin et redescendez avant les orages d’après-midi.
Pour dormir au plus près de l’eau, le bivouac sous tente reste la meilleure option (montage au coucher du soleil, démontage au lever, et zéro déchet laissé sur place) : il permet d’être au bord dès l’aube, le créneau le plus productif aux leurres. Attention toutefois, la pêche de nuit n’est pas autorisée en lac de montagne : on profite du bivouac pour les premières lueurs, pas pour pêcher à la frontale. En vallée, le Grand-Bornand et le Chinaillon offrent un large choix de campings, gîtes et hôtels adaptés aux pêcheurs matinaux. Côté gastronomie, le chalet d’alpage de Lessy vend en saison son reblochon fermier directement au pied du lac : difficile de faire plus local pour le casse-croûte de midi ! En redescendant, les restaurants du Grand-Bornand proposent les classiques savoyards, et le marché hebdomadaire du mercredi matin au village est parfait pour faire le plein de produits du terroir avant une seconde journée de pêche.
Non, le sandre est totalement absent de ce lac d’altitude : l’eau froide et pauvre en proies fourrage ne lui convient pas. Le peuplement est exclusivement composé de salmonidés (truites fario, arc-en-ciel, parfois ombles) issus des alevinages de la fédération de Haute-Savoie. Pour le sandre, dirigez-vous plutôt vers les grands lacs et rivières de la vallée.
Le lac est classé en 1ère catégorie piscicole, avec une ouverture spécifique aux lacs de montagne, généralement de juin à fin septembre selon les arrêtés préfectoraux. Le nombre de captures de salmonidés est limité par jour et par pêcheur, et la taille légale de capture doit être respectée. Vérifiez chaque année la réglementation auprès de la fédération de pêche de Haute-Savoie avant de monter.
Non, la carpe est absente de ce plan d’eau : la température de l’eau, trop froide la majeure partie de l’année, ne permet pas sa survie ni sa reproduction. C’est un lac de montagne dédié aux salmonidés, où la pêche aux leurres légers et à la mouche dominent largement. Les carpistes trouveront leur bonheur dans les plans d’eau de plaine de la vallée de l’Arve.
En pratique, non : l’accès se fait uniquement à pied après 1h30 à 2h de montée avec un fort dénivelé, ce qui rend le portage d’une embarcation irréaliste. La pêche se pratique exclusivement du bord, ce qui est largement suffisant compte tenu de la petite taille du lac, dont toutes les zones sont atteignables au lancer. Privilégiez un équipement léger et compact pour la marche d’approche.
Oui, une carte de pêche valide de la fédération de Haute-Savoie est obligatoire, le lac faisant partie du domaine piscicole départemental en 1ère catégorie. Vous pouvez l’acheter en ligne sur cartedepeche.fr ou chez les dépositaires du Grand-Bornand et du Petit-Bornand. Une carte journalière ou vacances suffit pour une session ponctuelle si vous êtes de passage.
Même si le sandre est absent ici, en lac de manière générale, la pêche en verticale au leurre souple est la technique reine : un shad de 7 à 12 cm sur tête plombée, animé lentement au ras du fond le long des cassures. Le dropshot fonctionne également très bien sur les poissons tatillons, tout comme le lancer-ramener avec des animations en dents de scie. Ces techniques s’appliquent sur les grands lacs alpins voisins comme le Léman ou le lac d’Annecy.
Photo : Richard R via Unsplash Niché à seulement 3 kilomètres du centre-ville de Lourdes,…
Photo : Lucas BAUD-GRASSET via Unsplash Niché au cœur de la vallée de l'Arve, en…
Photo : dariana via Unsplash Perché à 650 mètres d'altitude sur le plateau de Millevaches,…
Photo : Genny Dimitrakopoulou via Unsplash Niché au cœur du Haut-Bugey dans le département de…
Photo : velion x via Unsplash Niché au cœur des Pyrénées ariégeoises, dans la vallée…
Photo : Jennifer Kalenberg via Unsplash Niché au cœur du Vaucluse, à deux pas de…